ChinoisesChinoises

de Xinran

Picquier poche - 351 pages

Pendant plusieurs années Xinran a animé une émission à la radio chinoise intitulée Mots sur la brise nocturne.  Comme le courrier et les réactions qu’elle obtenait provenaient  essentiellement de femmes, elle a commencé à s’intéresser de plus près à la condition féminine en Chine. Elle a pu négocier un dialogue en direct de quelques minutes avec des auditrices (une opératrice était chargée de filtrer les appels : ceux-ci devaient rester politiquement corrects). Elle a également reçu beaucoup de lettres et collecté par le biais de reportages, de rencontres, de nombreux témoignages de femmes chinoises de sa génération. Elle a permis à ces femmes de s’exprimer pour la première fois sans tabou, sans jugement.

Elle a compilé quelques unes de ces histoires dans Chinoises. Et ça fait peur. La Chine est un très grand pays (plus de 14 fois la France en superficie et 20fois sa population) ce qui explique les disparités dans les façons dont les femmes sont traitées (dans les campagnes reculées les mentalités sont encore plus traditionnelles que dans les villes) mais globalement la femme n’est pas bien traitée en Chine. Elle a deux fardeaux à porter : le poids de la tradition et l’oppression de la Révolution Culturelle. Culturellement la femme doit être respectueuse des lois, soumise à sa famille et avoir une conduite irréprochable avec les hommes pendant sa jeunesse (embrasser un homme sur le front peut la déshonorer et déshonorer sa famille). Une fois mariée elle doit être soumise à son mari, être bonne épouse, bonne amante et bonne mère. Elle doit en outre être travailleuse sans jamais se plaindre, mettre au monde au moins un fils et, le tout, en restant jolie. Evidemment elle ne possède rien en propre et n’a pas voix au chapitre. La Révolution Culturelle en a rajouté une couche en imposant encore d’autres diktats aux femmes et en donnant encore plus de pouvoir aux hommes et surtout la possibilité pour ces derniers d’en abuser sans en être inquiétés.

Les 12 témoignages de femmes attestent de cette réalité. Battues, violées, mariées de force, rendues folles par la cruauté des hommes et de la société, les femmes ne connaissent que souffrance et malheur. Peu importe leur condition, éduquées ou non, qu’elle gravitent dans les hautes sphères du Parti ou qu’elle soient paysannes au fin fond de la région la plus reculée de la campagne chinoise, ces femmes souffrent et se battent pour sauver ce qui peut encore l’être (leur famille, leurs enfants). Elles portent un message d’amour malgré toutes les épreuves endurées . Xinran n’est d’ailleurs pas en reste : son histoire personnelle, évoquée au détour des récits, n’est pas exempte de malheurs.

C’est un livre bouleversant à lire impérativement.

Ce livre est sur ma liste pour le Challenge ABC 2007