La rentrée littéraire s'annonce chargée avec 727 romans dont 493 romans français. Les éditeurs avaient promis de se mettre au régime mais les bonnes résolutions ne sont pas faites pour être tenues n'est-ce pas ? Grasset, Le Seuil, Actes Sud, Denoël, ont pourtant diminué le nombre de titres qu’ils publieront cet automne. Cette rentrée compte donc 43 romans de plus que l'an dernier (qui je le rappelle en comptait 20 de plus que l'année d'avant and so on). Pour l'anecdote en 1997 la rentrée comptait 409 romans (318 de moins que cette année).

102 premiers romans sont publiés cette année (soit 5 de plus que l'année dernière). Inflation ? Oui mais il y a une subtilité : le premier roman d’Emmanuel Carrère, L'amie du jaguar, est publié sous cette étiquette ... La rentrée s'alourdit aussi de 600 essais. Cela sent le pilon... après l'indigestion.

L'année dernière je m'intéressais au doyen de la rentrée, Maurice Baron, qui publiait, à 69 ans, L'illettré son premier roman. Cette année le doyen va probablement entrer dans le livre des records puisqu'il a 93 ans. C'est pourtant le plus jeune auteur qui fait parler de lui. Boris Bergmann-Grünebaum, auteur de Viens là que je te tue ma belle est né en 1992 (pour les nuls en calcul mental cela lui fait 15 ans). Le titre est prometteur. Du côté des petits jeunes on retrouva Ariane Fornia (fille de Monsieur Besson - non pas Luc mais Eric l'ancien député PS qui a viré Sarko en pleine présidentielle) qui publie son deuxième roman Dernière Morsure. A découvrir aussi (paraît-il) dans la famille Beigbeder, la cousine Géraldine qui publie son premier roman Nema Problema ou petites chroniques transbalkaniques au pays des sponsors. Avec un titre pareil ... tonton Beigbeder pendant ce temps là fait toujours parler de lui même s'il se fait ravir la vedette par NS et Yasmina Reza. L'évènement de la rentrée, le livre que personne n'avait pu lu lire une ligne avant sa sortie mais dont tout le monde parlait, c'était L’Aube le soir ou la nuit : résultat grâce à ce buzz médiatique écrasant il a pulvérisé les records de vente lors de sa sortie. Il a quand même été tiré à 100 000 exemplaires ! Le grand suspens maintenant réside dans cette question : fera-t-il mieux qu'Harry Potter ? En tout cas il ira plus vite à lire avec ses 180 pages ...

La rentrée littéraire de cette année souffre d'un syndrôme peu connu : l'effet Littell. Des pavés, des pavés de plus de 600 pages, de quoi alourdir les cartables. Les écrivains et les éditeurs sont parait-il décomplexés. Et l'idée reçue que pour faire un best-seller on doit rester sous les 250 pages pour éviter de lasser le lecteur (qui a bien entendu le cerveau d'une courge) vole enfin en éclat. Merci M Littel (promis je lirais vos bienveillantes un de ces jours pour vous remercier). On annonce aussi la mort de l'autofiction (enfin !) puisque les français (c'est une maladie typiquement hexagonale) se remettent au roman social (chômage, banlieues...). Attention le roman social français n'est pas concerné par l'effet Littel : les romans sociaux français sont courts. A l'abri de rien d'Olivier Adam 218 pages, La Trempe de Magyd Cherfi 180 pages, Sirop de la rue de Bernie Bonvoisin 240 pages, Portrait de l’écrivain en animal domestique de Lydie Salvayre 240 pages, Suzanne ou le récit de la honte de Christina Mirjol 123 pages... On est loin de Zola n'est-ce pas ?

 

Une rentrée littéraire sans polémique n'est pas une vraie rentrée (et puis la polémique fait vendre n'oublions pas). Cette année nous sommes gâtés puisque nous bénéficions d'une opération 2 pour le prix d'une. La première concerne Mazarine Pingeot qui est accusée de "profiter" de la médiatisation de l'affaire des bébés congelés de la famille Courjault parce que Son cimetière des poupées livre l'histoire tragique d'une mère infanticide. La deuxième polémique concerne Tom est mort de Marie Darrieussecq. Camille Laurens accuse Marie Darrieussecq de "plagiat psychique". Marie Darrieussecq raconte dans Tom est mort le deuil et la solitude d'une femme qui a perdu son fils et Camille Laurens a relevé dans le texte des similitudes avec son propre récit autobiographique sur la mort de son fils nouveau-né, Philippe. L'ironie du sort ? Les deux romans sont parus chez P.O.L.... A noter que c'est la deuxième fois que Marie Darrieussecq est accusée de pomper sur ses collègues (Marie NDiaye l'avait accusé à la sortie de Naissance des fantômes en 1998 de "singer" ses romans).

Parmi cette multitude quels sont les romans français de la rentrée qui se vendent ? Pas de surprise pour l'instant. L'aube le soir ou la nuit de Yasmina Reza caracole en tête des ventes suivi Ni d'Eve ni d'Adam d'Amélie Nothomb (quelle surprise !).  Les ventes du Rapport de Brodec de Philippe Claudel et  du Cimetière des poupées de Mazarine Pingeot se portent bien. Ils ont cependant du mal à détrôner l'élégant hérisson de Muriel Barbery et les derniers Musso et Lévy. Les éditeurs doivent prier pour que le mauvais temps perdure. Cet été les ventes de livres se sont envolées (+7% en juillet, +12% en août). La météo n'explique pas tout. Les chiffres sont en effet gonflés par les ventes d’Harry Potter en anglais. Elles ont atteint un niveau exceptionnel puisqu'il s'en est écoulé deux fois plus que le précédent volume.